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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 14:54

France


- Claude Lanzman reste "inquiet" pour l'existence de l'Etat hébreu (L'Express) - "Je suis inquiet pour Israël. Si l'Iran se dote de l'arme nucléaire, quoi qu'on en dise aujourd'hui ce serait un vrai changement, un saut qualitatif. Je suis plutôt d'un tempérament pessimiste et je pense qu'Israël n'en a pas fini avec les guerres".
http://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/claude-lanzman-reste-inquiet-pour-l-existence-de-l-etat-hebreu_1720676.html

- Syrie : 30 jihadistes tués dans le premier raid français contre l'EI (AFP) - "dont 12 enfants soldats". Ce qu'on appelle plus couramment "civils" quand il s'agit de frappes israéliennes dans la Bande de Gaza...
https://fr.news.yahoo.com/syrie-30-jihadistes-tu%C3%A9s-premier-raid-fran%C3%A7ais-contre-081654718.html

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Gaza & Hamas

- Une roquette tirée du centre de Gaza interceptée par le Dôme de fer (Times of Israel) - "L’attaque est survenue au cours de la fête de Souccot, lorsque les écoles juives sont fermées et durant lesquelles beaucoup de gens voyagent à travers le pays".
http://fr.timesofisrael.com/une-roquette-tiree-du-centre-de-gaza-interceptee-par-le-dome-de-fer/
- Israël frappe Gaza en réponse au tir de roquette (Times of Israel) - "Tsahal a déclaré que l’armée de l’Air israélienne avait frappé quatre « cibles terroristes » à l’intérieur de Gaza. Au moins deux des cibles appartiennent au Hamas".
http://fr.timesofisrael.com/israel-frappe-gaza-en-reponse-aux-tirs-de-roquette/


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Israël

- Quelque 100 000 Israéliens dans les parcs depuis le début de Souccot (Times of Israel) - "Les rivières en Galilée ainsi que les réserves naturelles de Banyas et Tel Dan remporteront la palme cette année".
http://fr.timesofisrael.com/quelque-100-000-israeliens-dans-les-parcs-depuis-le-debut-de-souccot/

- Did Muslims set fire to Al Aqsa on Sunday? (Elder of Ziyon) - "as we have seen, the rioters inside the "third holiest place in Islam" routinely shoot firebombs and fireworks. In this video you can see some of them launching fireworks from outside the mosque before they barricaded themselves on that same day".
http://elderofziyon.blogspot.fr/2015/09/did-muslims-set-fire-to-al-aqsa-on.html

- WATCH: Palestinian Kicks Jewish Baby In Stroller (Israellycool) - "Following the disturbing scenes of palestinians screaming in hatred at the Jewish man and his young, petrified son in the old city of Jerusalem comes this even more disturbing scene".
http://www.israellycool.com/2015/09/29/watch-palestinians-kick-jewish-baby-in-stroller/


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ONU

- Le drapeau palestinien à l'ONU, une première à forte charge symbolique (AFP)
https://fr.news.yahoo.com/drapeau-palestinien-%C3%A0-lonu-premi%C3%A8re-%C3%A0-forte-charge-052428383.html
"[...] le symbole du lever du drapeau palestinien constituera un événement à forte charge symbolique, tout comme l'a été en 2015 le débat et les votes parlementaires en faveur de la reconnaissance de l'Etat palestinien dans plusieurs pays européens. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et des dizaines de responsables étrangers devraient assister à la cérémonie.
Tous ne seront cependant pas représentés, puisque la résolution autorisant le drapeau palestinien, votée le 10 septembre, a recueilli huit refus et 45 abstentions. Les Etats-Unis et Israël ont voté contre, de même que le Canada et l'Australie. La France a voté pour, ainsi que la Russie et la Chine. Le Royaume-Uni et l'Allemagne se sont abstenus.
Cette résolution a constitué une nouvelle étape après le vote historique de novembre 2012 à l'Assemblée générale, qui a vu la Palestine devenir un "Etat observateur non membre" de l'ONU. Fort de ce nouveau statut, l'Etat de Palestine a intégré des agences internationales et a rejoint la Cour pénale internationale. Mais il n'est pas encore devenu membre à part entière des Nations unies bien qu'il soit reconnu par plus de 130 pays."

- A l’ONU, Rouhani critique les Etats-Unis qui soutiennent un Israël inhumain (Times of Israel)
http://fr.timesofisrael.com/a-lonu-rouhani-critique-les-etats-unis-qui-soutiennent-un-israel-inhumain/
"[...] Rouhani a évoqué Israël à deux reprises, en se référant à lui comme « le régime sioniste ». Dans un premier point important, il a appelé les puissances mondiales avec lesquelles l’Iran a négocié son accord nucléaire en juillet à dépouiller Israël de son arsenal d’armes nucléaires déclarées. Exigeant un « désarmement nucléaire complet » au Moyen-Orient, il a déclaré que les grandes puissances ne doivent « pas laisser le régime sioniste rester le seul obstacle dans la voie de la réalisation de cette importante initiative ».
Et en second lieu, il a affirmé que le traitement « inhumain » d’Israël des Palestiniens a été utilisé par des groupes terroristes pour justifier leurs crimes, et que le soutien américain envers Israël a faussé la politique américaine. Si ce n’était pas en raison du « soutien injustifié [des Américains] envers les actions inhumaines du régime sioniste contre la nation opprimée de la Palestine aujourd’hui, les terroristes n’auraient pas d’excuse pour justifier leurs crimes », a déclaré Rouhani. Washington, a-t-il poursuivi, « jette des accusations sans fondement et poursuit d’autres politiques dangereuses », dans sa défense des « alliés régionaux » qui ne font que cultiver la division. [...]"

- A l’ONU, Mahmoud Abbas veut réanimer l’intérêt international pour la question palestinienne, Piotr Smolar (Le Monde)
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/09/30/a-l-onu-mahmoud-abbas-veut-reanimer-l-interet-international-pour-la-question-palestinienne_4778005_3218.html
"Pas une phrase, pas un mot. Dans son discours prononcé lundi 28 septembre à la tribune des Nations unies, Barack Obama n’a pas cité le conflit israélo-palestinien. Un choix qui témoigne à la fois des priorités du moment – la Syrie, l’organisation Etat islamique (EI) – et d’une lassitude générale devant une situation locale de plus en plus inextricable. [...]
Agé de 80 ans, Mahmoud Abbas dispose d’une marge de manœuvre très faible. Confronté à une grande impopularité, même si aucun leader alternatif ne s’impose réellement dans l’opinion palestinienne, le successeur de Yasser Arafat a promis de lâcher « une bombe » dans son discours à l’ONU. Depuis, au cours de plusieurs rencontres avec des diplomates occidentaux, notamment lors de son passage à Paris le 21 septembre 2015, il a tenu à rassurer ses interlocuteurs.
Que va dire Mahmoud Abbas ? Les experts et les membres de la direction palestinienne ont évalué plusieurs hypothèses au cours des dernières semaines, en cherchant ainsi à faire monter les attentes. Certains ont évoqué un sabordage de l’AP, pour rendre les clés de la Cisjordanie à Israël et lui faire porter tout le poids de l’occupation. D’autres ont avancé, sans trop y croire, la fin de la coordination sécuritaire entre les services israéliens et palestiniens, clé du calme relatif qui règne dans les territoires. Outre ces idées, la direction palestinienne s’est déjà engagée sur la voie judiciaire, en adhérant à la Cour pénale internationale (CPI), dont les procédures sont longues. Elle a aussi recueilli des reconnaissances bilatérales par dizaines [...]
Benyamin Nétanyahou, de son côté, dénonce les « incitations à la violence » de l’AP, sur l’esplanade des Mosquées comme ailleurs. Le premier ministre israélien se dit prêt à discuter sans délai ni conditions avec Mahmoud Abbas. [...]"
- Palestinians upset that world no longer considers them important - so they threaten World War III (Elder of Ziyon) - "They are so used to being coddled by the UN with their own agencies and permanent topics on the calendar and an entire Human Rights Council that spends more than half its time on them that when they fall from the top stories they are frightened by the idea that they might actually have to compromise for peace"; "Abbas promises a "bombshell" in his UN speech today. And one of his officials yesterday threatened World War III over the Israeli restrictions of rioters on the Temple Mount. Really. Former Religious Affairs minister for the PA, Mahmoud Habash said that what is happening in Jerusalem at the Temple Mount will ignite World War III while speaking to official Voice of Palestine radio".
http://elderofziyon.blogspot.fr/2015/09/palestinians-upset-that-world-no-longer.html

- Pour Mahmoud Abbas, la Palestine n’est plus tenue par les accords d’Oslo, Piotr Smolar (Le Monde)
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/09/30/abbas-a-l-onu-la-palestine-merite-d-etre-reconnue-en-tant-qu-etat-a-part-entiere_4778613_3218.html
"Mahmoud Abbas avait promis une « bombe » dans son discours annuel devant l’Assemblée générale de l’ONU, à New York. Mercredi 30 septembre, il s’est contenté de délivrer un message crypté, ambigu, annonçant que l’Autorité palestinienne ne se sentait plus liée par les accords passés signés avec Israël. Mais le président de l’Autorité palestinienne s’est bien gardé de détailler les conséquences pratiques de cette annonce, en particulier sur un point fondamental : la coordination sécuritaire avec les services israéliens, qui assure une tranquillité relative en Cisjordanie. [...]
« Nous déclarons dès lors que nous ne pouvons continuer à être engagés par ces accords et qu’Israël doit assumer toutes ses responsabilités comme puissance occupante, parce que le statu quo ne peut continuer. »
Pourtant, l’alternative au statu quo n’apparaît pas très clairement dans le discours de Mahmoud Abbas, qui n’assume pas une rupture. Un renoncement radical à Oslo signifierait la fin de l’Autorité palestinienne, pouvoir intérimaire selon sa définition d’origine. Or M. Abbas emploie des formules suffisamment floues pour ne pas s’enfermer dans cette logique. Il affirme qu’il œuvrera en faveur de nouvelles reconnaissances bilatérales de la Palestine. Il souhaite que l’Etat « continue à se renforcer » et se félicite de l’idée d’un groupe de soutien international en faveur de la paix avec Israël, que porte notamment la France.
La question de la coordination sécuritaire, elle, demeure en suspens. Si les services israéliens disposent d’une amplitude d’action et de renseignement totale en Cisjordanie, assistés par leurs homologues palestiniens, il n’en va pas de même dans la bande de Gaza, administrée par le Hamas depuis 2007. Cette coordination apparaît dans l’annexe n° 1 de l’accord intérimaire, signé le 28 septembre 1995. Les deux parties « s’engagent à assurer la prise en charge immédiate, efficace et réelle de tout incident impliquant une menace ou un acte de terrorisme, de violence ou d’incitation, qu’il soit commis par des Palestiniens ou par des Israéliens. A cette fin, ils coopéreront dans l’échange d’informations et coordonneront les politiques et les activités. » Le sabordage de cette coordination ne servirait les intérêts d’aucune des deux parties, estiment les experts.
Le cabinet du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, qui s’exprimera devant l’Assemblée générale de l’ONU jeudi, a publié un communiqué dans lequel il qualifie le discours de M. Abbas de « trompeur » . Il l’appelle à « agir de façon responsable et à accepter l’offre du premier ministre israélien à tenir des négociations directes sans préconditions »."

- Translating Abbas' UN speech into plain English (Elder of Ziyon) - une traduction "commentée" du discours d'Abbas à l'ONU.
http://elderofziyon.blogspot.fr/2015/10/translating-abbas-un-speech-into-plain.html
- Netanyahu: Abbas’s speech was deceitful, direct talks best way forward (JP) - “Abu Mazen's speech was deceitful and encourages incitement and lawlessness in the Middle East.”
http://www.jpost.com/Arab-Israeli-Conflict/Netanyahu-Abbass-speech-filled-with-lies-direct-talks-best-way-forward-419532

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"Processus de paix"

- Thousands of Jews at Kotel "desecrating Buraq square" according to Palestinians (Elder of Ziyon) - "Today, thousands of Jews are flocking to the Kotel (Western Wall) in Jerusalem to participate in the semi-annual Birkat Kohanim ceremony as well as a "Hakhel" ceremony that occurs once every seven years"; "This is the kind of antisemitic incitement that is blared daily in Arab media, but the Western media doesn't want to cover the issue".
http://elderofziyon.blogspot.fr/2015/09/thousands-of-jews-at-kotel-desecrating.html

- Analyst: Palestinian Leadership Faces “Dangerous” Generational Crisis (CAMERA) - "Abbas “appears set to deflect domestic criticisms by attacking Israel at the U.N. General Assembly meeting on September 30,” Rumley said".
http://blog.camera.org/archives/2015/09/analyst_palestinian_leadership.html
"Palestinian Authority (PA) leadership faces a “dangerous generational crisis” according to Grant Rumley, a specialist on Palestinian and Jordanian politics at the Washington D.C.-based think tank, Foundation for Defense of Democracies. Writing in Business Insider, Rumley argues there is growing and visible discontent within the PA over the rule of President and Fatah movement head Mahmoud Abbas (“The Palestinians are facing a dangerous generational crisis,” Sept. 29, 2015).
Abbas—currently in the tenth-year of a four-year term—lacks a “clear successor or a national strategy.” This is apparent, Rumley argues, as Palestinian dissent and dissatisfaction increase. Footage of PA security forces “violently clubbing” West Bank Arabs spurred protests in refugee camps and street demonstrations against both the authority and Abbas. Abbas—similar to his predecessor Yasser Arafat—increasingly has consolidated his control over the PA, Fatah and the Palestine Liberation Organization (PLO). But the PA resident now faces growing discontent with his essentially one-man rule.
As CAMERA observed recently, a Palestinian Center for Policy and Survey poll shows a majority of West Bank (Judea and Samaria) Arabs feel the PA “has become a burden on the Palestinian people and for the first time…a majority now demands the dissolution of that authority”(“Poll: Majority of Palestinians Support Another Intifada,” Sept. 25, 2015).
The 80-year-old Abbas also faces internal criticism over what his critics allege to be a manipulation of PLO bylaws following his announcement that he and other members of the PLO’s executive committee would resign to procedurally force a meeting of the PLO’s legislative body, the Palestinian National Council (PNC). Members of Fatah’s legislative body, the Revolutionary Council, have been demanding that Abbas name a successor. The council, Rumley states, “is split on both a generational and an ideological level.” These divisions have been exacerbated by internal arguments over Abbas’ unilateral decision to exile a potential rival, Mohammed Dahlan, the PA’s former head in the Gaza Strip before Hamas seized power there. Dahlan, aged 54, is representative of a younger generation seeking power in Palestinian politics.
According to FDD’s Rumley: “The debate over Dahlan and the contest over who gets nominated for the PLO executive committee will extend into Fatah’s conference in November. According to Fatah’s bylaws, the group is supposed to have a conference every five years in order to hold internal elections. However, the last conference was in 2009, and since the party’s founding in 1965 it has only managed five other conferences. With questions surrounding Abbas’s lack of a successor, his overall strategy, and the future of the party, the upcoming conference is potentially explosive.”
The PA president’s seeming solution to this turmoil inside and outside his ranks? Abbas “appears set to deflect domestic criticisms by attacking Israel at the U.N. General Assembly meeting on September 30,” Rumley said. There, some observers expected him to call for annulling the Oslo accords—the very agreement with Israel responsible for establishing the Palestinian Authority (“Want to Really Help Refugees?” Tablet, Sept. 24, 2015). In his speech, Abbas did just that ("Abbas: Palestine a state under occupation, no longer bound by Oslo accords," Times of Israel, Sept. 30, 2015).
Grant Rumley’s article in Business Insider can be found here. His recent FDD report (“The Race to Replace Mahmoud Abbas,” Sept. 3, 2015) examining possible successors to Abbas can be found here."


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Syrie

- Syrie : 27 morts lors de frappes aériennes (Reuters) - "Au moins 27 personnes, dont six enfants, ont été tuées lors du bombardement de certains secteurs de la province de Homs par l'armée de l'air syrienne".
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/09/30/97001-20150930FILWWW00168-syrie-27-morts-lors-de-frappes-aeriennes.php

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Yémen

- Yémen : interception d'un bateau iranien chargé d'armes pour des rebelles (AFP) - "Le gouvernement yéménite et la coalition arabe accusent régulièrement l'Iran de soutenir les Houthis qui se sont emparés de vastes pans du territoire yéménite depuis un an et contrôlent toujours la capitale Sanaa. Pour justifier leur intervention, les monarchies sunnites du Golfe, Arabie saoudite en tête, ont affirmé vouloir empêcher Téhéran de rééditer au Yémen l'expérience du mouvement chiite libanais Hezbollah".
https://fr.news.yahoo.com/y%C3%A9men-interception-dun-bateau-iranien-charg%C3%A9-darmes-rebelles-084355604.html

- Yémen : 2 volontaires du Croissant rouge tués (AFP) - "Deux volontaires du Croissant Rouge yéménite ont été tués avec d'autres civils lors d'une frappe aérienne de la coalition arabe qui combat des rebelles chiites au Yémen".
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/09/30/97001-20150930FILWWW00249-yemen-2-volontaires-du-croissant-rouge-tues.php

- Au Yémen, un carnage lors d’une fête nuptiale attribué au camp saoudien, Benjamin Barthe (Le Monde) - "près de 5 000 Yéménites dont 2 355 civils ont été tués dans les combats". C'est plus du double du bilan du conflit à Gaza l'année dernière. Et le bilan yéménite est vraisemblablement sous-estimé, que ce soit en valeur absolue et dans le ratio civils/combattants (surtout quand on sait que les Saoudiens prennent bien moins de mesure que les Israéliens ou les Américains pour éviter de tuer des civils).
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/09/30/au-yemen-un-carnage-lors-d-une-fete-nuptiale-attribue-au-camp-saoudien_4778097_3218.html
"C’est le bombardement le plus meurtrier depuis le début, en mars, de la guerre au Yémen, menée par une coalition arabe dirigée par l’Arabie saoudite. Lundi 28 septembre, 131 villageois des environs de Moka, un port sur le détroit de Bab Al-Mandeb, à la pointe sud-ouest du pays, ont péri dans l’attaque d’une fête de mariage. Au moins 80 femmes figurent dans les victimes de l’explosion que des sources médicales locales ont attribué à un raid aérien de la coalition anti-houthistes.
Selon Hassan Boucenine, de l’ONG Médecins sans frontières, qui parle d’une erreur de tir du camp saoudien, de nombreux blessés sont décédés pendant leur transport vers l’hôpital de Hodeïda, 190 km plus au nord. Cet établissement était le seul capable de traiter les victimes du bombardement, car l’hôpital le plus proche, celui de Moka, est hors service, en raison des coupures d’électricité et celui de Taëz, le chef-lieu de la province, est rendu inaccessible par les combats.
Le porte-parole de la coalition, le général saoudien Ahmed Al-Assiri, a nié toute responsabilité dans ce massacre de civils. Au mois de juillet, dans la même ville de Moka, 65 employés d’une centrale électrique avaient déjà été tués dans un bombardement imputé, là aussi, à la coalition. Dimanche, des hélicoptères de cette même alliance ont causé la mort d’une trentaine de personnes, en majorité des civils, dans un village du nord du Yémen.
Depuis le début de l’intervention saoudienne, en mars, qui vise à contrer l’offensive des rebelles houthistes pro-iraniens et à ramener au pouvoir le président élu Abd Rabo Mansour Hadi, renversé par ces rebelles au début de l’année, près de 5 000 Yéménites dont 2 355 civils ont été tués dans les combats. « Pour être honnête, c’est de pire en pire, c’est au-delà du désespoir », a confié Hassan Boucenine, de MSF, à l’agence Associated Press."

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Monde arabe

- Pro-Palestinian or anti-Israel? Saudi Arabia refuses to play soccer in West Bank (Elder of Ziyon) - "the Saudis successfully convinced FIFA that their hate for Israel is more important than their love for "Palestine" and their respect for the normal protocols of international sports".
http://elderofziyon.blogspot.fr/2015/09/pro-palestinian-or-anti-israel-saudi.html

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Histoire

- Juifs : pourquoi tant de haine ?, Michael Walzer (New York Review of Books, traduction Arnaud Gancel) - "une certaine vision du judaïsme est profondément enracinée dans la structure de la civilisation occidentale, et ses intellectuels et polémistes s’en sont servi pour comprendre les hérésies chrétiennes, les tyrannies politiques, les épidémies médiévales, les crises du capitalisme et les mouvements révolutionnaires. L’antijudaïsme fut longtemps, et reste, l’un des plus puissants systèmes théoriques «permettant de rendre le monde intelligible»." Un article long mais passionnant sur l'histoire de l'anti-judaïsme occidental.
http://bibliobs.nouvelobs.com/en-partenariat-avec-books/20150925.OBS6559/juifs-pourquoi-tant-de-haine.html
"En 1844 paraissait l’article de Karl Marx intitulé «Sur la question juive». Ce texte ne traitait ni du judaïsme ni de l’histoire de ce peuple, ni même de la sociologie des Juifs allemands. Prenant prétexte du débat alors en cours sur l’émancipation des Juifs, il avait pour véritable objet d’appeler au renversement de l’ordre capitaliste. Le langage dans lequel cet appel était formulé ne surprendra sans doute pas le lecteur d’aujourd’hui, et il était assurément familier à celui du XIXe siècle. Il n’en est pas moins étrange. Le capitalisme est identifié au judaïsme, ce qui amène Marx à écrire que l’abolition du premier consistera à «émanciper l’humanité du judaïsme». L’argument mérite d’être cité, ne serait-ce que brièvement :
"Le Juif s’est émancipé d’une manière juive, non seulement en se rendant maître du marché financier, mais parce que, à travers lui et sans lui, l’argent est devenu une puissance mondiale, et l’esprit pratique juif, l’esprit pratique des peuples chrétiens. Les Juifs se sont émancipés dans la mesure même où les chrétiens sont devenus juifs."
« À travers lui et sans lui » – en fait, principalement sans lui : comme Marx le savait sans doute, les Juifs ne représentaient qu’une minuscule partie de l’élite fortunée d’Angleterre, le pays capitaliste le plus avancé, et une fraction plus infime encore de la bourgeoisie allemande «montante». Son propre père s’était converti au protestantisme pour faciliter son intégration dans la bonne société, où les Juifs n’étaient pas les bienvenus au début du XIXe siècle.
Pour David Nirenberg, qui l’explique dans un livre ["Anti-Judaism : the Western Tradition"] à la fois brillant, fascinant et profondément déprimant, Marx ne fait ici que perpétuer la démarche adoptée par une foule d’auteurs au cours de la longue histoire de l’Occident. Avec ce texte, il «s’approprie de manière stratégique le langage le plus terriblement infamant dont dispose un critique des pouvoirs et institutions de ce monde.»
Cette phrase est tirée d’un développement de Nirenberg sur Martin Luther, mais elle s’applique tout aussi bien à Marx. Ce langage devrait néanmoins, chez lui, nous surprendre davantage que chez Luther, non seulement en raison de ses origines juives, mais aussi parce qu’il prétendait contester radicalement l’idéologie dominante de son temps. Il aurait pu, explique Nirenberg, remettre en cause l’assimilation du judaïsme au capitalisme, et écrire une histoire critique afin d’éveiller l’esprit de ses lecteurs sur cet amalgame. Il préféra exploiter «les vieilles idées et les vieilles peurs concernant les Juifs».
Considérons une autre utilisation célèbre de ce langage de l’opprobre, mobilisé cette fois non pas pour soutenir le mouvement révolutionnaire, mais pour le combattre farouchement. Dans ses Réflexions sur la Révolution française, ouvrage publié en 1790, Edmund Burke oppose ce qui se passait en France aux révolutions antérieures (comme la révolte anglaise de 1688), conduites par des aristocrates «de grands talents civil et militaire». Le gouvernement révolutionnaire parisien, écrit-il, est dirigé par des «courtiers juifs disputant ensemble à qui guérira le mieux, par la circulation frauduleuse d’un papier déprécié, la misère et la ruine déchaînées sur leur pays par leurs absurdes conseils.»
Dans le cas de Burke, le choix de ce type de discours n’était probablement pas «stratégique», mais structurel. L’antijudaïsme participait de la vision du monde grâce à laquelle Burke pouvait identifier ce que les marxistes allaient plus tard qualifier de révolution «bourgeoise». «Étant donné l’absence de Juifs parmi les leaders de la Révolution française, tant politiques que financiers ou philosophiques», écrit Nirenberg, cette tirade sur les «courtiers juifs» (ainsi que la proposition de Burke d’aider les révolutionnaires en expédiant en France les Juifs anglais «pour plaire à [leurs] nouveaux frères hébraïques») peut de nouveau paraître fort étrange. En réalité, rien n’est plus banal ; seule l’éloquence féroce de Burke sort ici de l’ordinaire.
Des auteurs bienveillants se sont efforcés de défendre le philosophe contre l’accusation d’antisémitisme. Nirenberg note simplement qu’ils sont passés à côté du vrai problème. Burke savait pertinemment que Danton, Robespierre, Saint-Just, tout comme leurs amis et ennemis révolutionnaires, étaient des catholiques ou d’anciens catholiques (auxquels s’ajoutaient quelques protestants). Ils n’étaient juifs qu’au sens figuré, des Juifs imaginaires, surgissant dans l’esprit de Burke et de tant d’autres «parce que la Révolution l’obligeait à faire face […] à des questions fondamentales sur la manière dont se nouent les relations au sein d’une société. Or, ces questions, une pédagogie vieille de deux mille ans avait appris à l’Europe à les poser dans des termes relatifs au “judaïsme” – et Burke avait bien retenu sa leçon.»
Le livre de Nirenberg porte précisément sur ces deux millénaires et sur cette pédagogie. Ce n’est pas un ouvrage sur l’antisémitisme, ni une histoire des discriminations, des persécutions puis du génocide subis par les Juifs. Ce n’est pas non plus, pour reprendre l’expression de l’historien Salo Baron, un récit «lacrymal» sur la vie des Juifs de la diaspora. Pas plus qu’il ne s’agit d’une condamnation de l’antisionisme contemporain ou d’un plaidoyer pour l’État d’Israël. Ce livre ne parle pas des Juifs, ou du moins pas des Juifs de chair et d’os ; c’est au Juif imaginaire qu’il se consacre presque exclusivement, et de manière approfondie.
Nirenberg a écrit une histoire intellectuelle de la civilisation européenne en l’abordant sous un angle restreint mais terriblement révélateur : la place de l’antijudaïsme comme idée fondamentale et principe explicatif dans la pensée chrétienne et postchrétienne. Et cela même si l’ouvrage s’ouvre sur un examen des critiques adressées aux Juifs par les Égyptiens et intègre une analyse des premiers savants de l’islam, qui font écho à la polémique chrétienne et s’en sont apparemment nourris. [...]
Une certaine conception du judaïsme (principalement négative) s’est forgée très tôt, surtout dans la polémique chrétienne. Elle s’imposera ensuite comme un outil d’appréhension du monde et de contestation des théories rivales – un outil qu’on trouve employé dans diverses entreprises intellectuelles. En proclamant que le «Dieu profane» des Juifs était «l’argent», Marx croyait peut-être faire une observation originale. Mais l’assimilation du judaïsme au matérialisme et aux biens de ce monde a précédé d’au moins mille cinq cents ans l’apparition du capitalisme en Europe. [...]
Il s’agit de donner du sens au monde social, en s’appuyant sur certains traits supposés du judaïsme. Et les ennemis sont pour la plupart des non-Juifs, mais réputés «judaïsants» parce qu’ils présentent ces traits, et dénoncés pour cette raison même. Je n’évoquerai qu’un petit nombre de ces caractéristiques négatives : l’hyperintellectualisme ; le goût de la tyrannie ; la prédilection opposée, et aussi forte, pour le radicalisme subversif ; enfin, le matérialisme exaltant les biens de ce monde, invoqué comme nous l’avons vu tant par Burke que par Marx.
Aucun de ces traits n’a de vraie valeur descriptive : il existe sans doute des Juifs hyperintellectuels, tyranniques, subversifs et matérialistes (et des Juifs stupides, sans pouvoir, conformistes et idéalistes), mais Nirenberg insiste justement sur le fait que les individus réels ont étonnamment peu de rapport avec l’antijudaïsme.
« L’ère de l’intellectualisme juif rampant touche à présent à sa fin», annonçait Joseph Goebbels dans un discours aux étudiants allemands en mai 1933, quelques mois après la prise du pouvoir par les nazis. Goebbels était un intellectuel allemand de troisième zone (intellectuel quand même, puisqu’il était titulaire d’un doctorat et écrivait des articles) que Nirenberg propose de voir comme un intellectuel déchu.
Mais il utilisait un argument développé avant lui par de nombreux personnages plus respectables. Lequel prend sa source dans les Évangiles, où l’on trouve les premières attaques contre le judaïsme des pharisiens. La théologie chrétienne de la substitution (théorie qui met en avant les aspects du judaïsme que le christianisme aurait supplantés) s’est appuyée sur une série d’oppositions : la loi remplacée par l’amour, la lettre par l’esprit, la chair (le monde matériel, les commandements de la Torah, le texte littéral) par l’âme. «Je te bénis, Père […], écrit Luc, d’avoir caché cela aux savants et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.» (Luc 10, 21).
Or les pharisiens étaient assurément savants et intelligents, comme les rabbins qui vinrent après eux. Les discussions et débats contradictoires rassemblés dans le Talmud sont une démonstration particulièrement éloquente de culture et de subtilité. Par comparaison, les premiers chrétiens étaient de leur propre aveu des enfants naïfs et innocents à qui Dieu s’adressait directement, leur promettant une foi porteuse de salut. Ce que ni la loi ni l’étude ne pouvaient offrir.
Le problème, c’est que les chrétiens eurent bientôt eux aussi des théologiens extrêmement savants, intelligents et raisonneurs, qui furent alors accusés (et s’accusèrent réciproquement) de «judaïser», de penser ou d’agir comme des Juifs. Les plus anciens auteurs chrétiens, au premier rang desquels saint Paul, frayaient avec des Juifs réels. Leurs relations mêlaient coexistence et compétition, dans des proportions que les spécialistes s’efforcent encore de mesurer. Nirenberg se montre subtil dans son traitement de Paul et lui témoigne même une certaine sympathie, bien qu’il ait posé les bases d’une bonne part de l’antijudaïsme ultérieur.
À l’époque d’Eusèbe de Césarée, d’Ambroise et d’Augustin [aux IVe et Ve siècles], les Juifs avaient déjà subi, comme l’écrit Nirenberg, une «double défaite» : la première, militaire, face aux Romains; la seconde, religieuse, avec la consécration impériale du christianisme. Pourtant, la menace judaïque ne faisait que grandir à mesure que les Juifs s’affaiblissaient. À en croire leurs adversaires triomphants, ceux-ci n’avaient rien perdu de leur hostilité envers Jésus et ses disciples (de fait, ils ne s’étaient pas convertis). Leur ruse était infinie : hypocrites et trompeurs infatigables, ils mêlaient le vrai et le faux pour séduire les chrétiens innocents, à la manière d’empoisonneurs «enduisant de miel les bords d’une coupe pour faciliter l’absorption de la mixture mortelle».
Ce dernier réquisitoire est signé saint Jean Chrysostome. Cet auteur s’élevait avec tant de violence contre «les Juifs» que des historiens sérieux en ont conclu que le judaïsme représentait à l’époque une menace claire et immédiate pour le christianisme. Il n’en était rien, explique Nirenberg. Les «empoisonneurs» dans le collimateur de Jean étaient les chrétiens hérétiques. Si ce père de l’Église redoutait les Juifs, «c’est parce que sa théologie lui avait appris à analyser les autres dangers en termes de menace judaïque».
La mise en accusation de l’astuce juive est à peu près une constante de l’histoire, mais elle acquiert une force particulière chez les philosophes idéalistes allemands des XVIIIe et XIXe siècles, qui empruntèrent aux premiers chrétiens une multitude d’arguments de la théologie de la substitution. Kant s’appuyait ainsi sur l’exemple juif pour définir l’hétéronomie qu’il entendait dépasser (chez Kant, une action est dite «hétéronome» quand la loi morale à laquelle elle se conforme est imposée de l’extérieur, et non acceptée librement par l’agent), mais il fut à son tour accusé d’être trop juif par des philosophes ultérieurs, en particulier Hegel.
Pour ce dernier, la philosophie kantienne n’était qu’une nouvelle version du «principe juif de l’opposition de l’idée à la réalité, du rationnel au sensible, [un] déchirement de la vie [qui] restera toujours une cohésion morte de Dieu et du monde.» Selon Hegel, Abraham avait pris une décision fatidique : en rejetant le monde pour lui préférer un Dieu sublime, il avait rendu les Juifs à jamais étrangers à la beauté de la nature, prisonniers de la loi et incapables d’amour. (Inutile de préciser que Schopenhauer, à la génération suivante, considéra à son tour les universitaires hégéliens de son temps comme des «Juifs» et des disciples du «Dieu juif».)
Nirenberg ne taxe aucun de ces philosophes d’antisémitisme. De fait, Hegel défendit les droits des Juifs dans les universités et dit du nationalisme allemand antisémite qu’il ne relevait pas de la «germanité» mais de la «stupidité germanique». L’historien ne verse pas non plus dans le moindre déterminisme intellectuel. Il ne présente pas l’assaut de Goebbels contre l’intellectualisme juif comme le résultat mécanique de l’identification du judaïsme à une rationalité sans vie par certains philosophes allemands. Pas plus que l’idéalisme germanique ne découlait nécessairement de la prétention des chrétiens à remplacer le judaïsme des pharisiens, ou de celle des luthériens à supplanter les catholiques judaïsants. Mais des penseurs comme Hegel utilisèrent le langage de l’antijudaïsme pour résoudre ce qu’ils appelaient «la tension ancienne entre l’idée et la réalité», et leurs solutions eurent une influence considérable. L’idée que le judaïsme était hostile à la «vie» était promise à un bel avenir.
Les clichés assimilant le judaïsme tantôt au pouvoir temporel, tantôt à la rébellion et à la subversion sont étroitement liés : qu’est-ce en effet qu’une rébellion, sinon une tentative de s’emparer du pouvoir ? Les banquiers juifs peuvent donc régner sur le monde tandis que les Juifs bolcheviques peuvent rêver de les renverser et les remplacer. Dans certains replis de l’imagination occidentale, ces deux groupes apparaissent même presque comme complices.
L’antisémitisme populiste des XIXe et XXe siècles (ce que le socialiste allemand August Bebel appelait le «socialisme des imbéciles») a une longue histoire. Un témoignage très précoce est la réaction de saint Ambroise à une décision de l’empereur Maxime [fin du IVe siècle]. Celui-ci avait puni les chefs d’une bande de chrétiens coupables d’avoir incendié une synagogue dans la cité mésopotamienne de Callinicum : «Ce prince est devenu un Juif», écrivit Ambroise. Ce ne fut pas sa défense des Juifs de Callinicum qui valut à l’empereur Maxime d’être ainsi qualifié, mais le fait d’avoir placé l’application de la loi au-dessus des exigences de l’esprit (et de l’enthousiasme religieux des incendiaires).
Tout au long du Moyen Âge, des rebelles populistes accusèrent les princes chrétiens de «judaïser». Cette accusation présentait une étrange dualité. La tyrannie était, d’abord, conçue comme une caractéristique du judaïsme, aussi bien quand des Juifs étaient présents à la cour (ils y exerçaient les fonctions de médecin, de conseiller, de collecteur d’impôts, de prêteur sur gages) que lorsqu’ils en étaient absents. La «séduction» du prince par les Juifs était une manière courante d’expliquer le despotisme.
Bien entendu, ladite séduction cachait souvent une exploitation du souverain : le roi autorisait les Juifs à percevoir des intérêts sur les sommes prêtées à ses sujets chrétiens, pour ensuite «leur soutirer une part considérable de la recette». C’était une forme de taxation indirecte, à une époque où la capacité du pouvoir royal à lever l’impôt était extrêmement limitée. Les particuliers soumis à cet impôt indirect concevaient de la haine pour les prêteurs juifs. Un ressentiment souvent exploité politiquement, comme le souligne Nirenberg, alors même que les Juifs ne conduisirent que rarement les affaires financières des royaumes, «et alors seulement pour une brève période».
L’antijudaïsme avait également une seconde utilité politique, sensiblement différente. On se représentait les Juifs non seulement comme des tyrans ou alliés des tyrans, mais aussi (ce qui était plus proche de la réalité) comme une caste opprimée et impuissante. Étant donné leur rejet du Christ et leur rôle dans son exécution, cette persécution paraissait justifiée. Mais, quand un prince tyrannique écrasait ses sujets chrétiens, on l’accusait parfois d’«en faire des Juifs» – ce que, bien sûr, rien ne justifiait. «Plutôt mourir que d’être traités à l’égal des Juifs», lit-on par exemple dans une pétition du conseil municipal de Valence, en Espagne, et adressée au roi Pierre IV d’Aragon en 1378. La tyrannie était ainsi doublement définie en des termes relatifs aux Juifs : le propre d’un prince judaïsant était de traiter ses sujets comme des Juifs.
Les rebelles populistes ne se pensaient évidemment pas comme juifs. Ce fut – et cela reste – l’œuvre d’auteurs conservateurs et réactionnaires que de définir la subversion et la révolte comme des activités typiquement «juives». Parmi les révolutionnaires modernes, les puritains anglais font toutefois figure d’authentiques «judaïsants» (ils mettaient bien plus l’accent sur l’Ancien que sur le Nouveau Testament), tout en ayant leur propre théologie de la substitution. L’utilisation des poncifs du philojudaïsme et de l’antijudaïsme durant la Guerre civile anglaise répondait donc à une certaine logique, même s’il n’y avait pas de Juifs en Angleterre dans les années 1640.
Les révolutionnaires français n’étaient ni juifs ni judaïsants, même si Burke et d’autres les appréhendaient par le biais des «vieilles idées et des vieilles peurs». Mais ce sont les bolcheviks qui, plus que tout autre groupe de rebelles, furent catalogués comme «juifs». Certes, bon nombre d’entre eux l’étaient, mais plutôt du genre de ceux qu’Isaac Deutscher appelait les «Juifs non juifs». Le judaïsme n’avait aucun rapport avec l’idéologie bolchevique, et pourtant, à en croire Nirenberg, les révolutionnaires russes auraient été pensés dans le langage de l’antijudaïsme même sans Trotski, Kamenev ou Radek dans leurs rangs.
L’identification des Juifs aux marchands, aux prêteurs sur gages, aux responsables des finances royales et aux capitalistes voraces traverse l’histoire racontée par l’auteur. Un moment particulier de ce développement, l’Angleterre de Shakespeare, me permettra d’illustrer en quoi l’antijudaïsme du dramaturge se distingue de l’antisémitisme proprement dit.
Dans «Les épreuves de la diaspora», Anthony Julius propose une analyse longue et très pertinente du «Marchand de Venise». Selon lui, il s’agit à la fois d’une pièce antisémite et d’une mise en scène de l’antisémitisme, marquant le début de l’exploration littéraire de ce thème. Comme toujours, Shakespeare écrit en adoptant des points de vue opposés, mais il penche clairement du côté des ennemis de l’usurier Shylock. Ce dernier incarne le stéréotype du Juif : il déteste les chrétiens et rêve de les tyranniser ; l’argent lui est plus précieux que sa propre fille ; c’est une créature de la loi plutôt que de l’amour. Il ne s’agit certes pas d’un Juif rusé : dans ses efforts pour utiliser la loi contre ses adversaires chrétiens, il se montre borné et maladroit. À cela près, il correspond en tout point au cliché, et mérite donc la défaite et l’humiliation qu’il subit, censées réjouir le public élisabéthain.
Mais Nirenberg pose une question qu’Anthony Julius ne pose pas: pourquoi y avait-il autant de Juifs (tels Shylock ou le Juif de Malte de Marlowe) sur la scène du nouveau théâtre de Londres, «une ville qui avait sans doute accueilli moins de “vrais Juifs” que toute autre métropole européenne» ? Il répond, en substance, que la capitale se muait à l’époque en une cité de marchands, devenant de ce fait une ville «juive» ; la pièce de Shakespeare était une réaction artistique à cette évolution. Le dramaturge avait tenté d’évoquer les aspects prétendument judaïsants des relations commerciales, tout en exonérant les marchands chrétiens en les distinguant du type extrême incarné par le Juif.
Mais cette distinction est ouverte à la discussion, et le sens de la pièce est parfaitement résumé quand Portia demande : «Quel est ici le marchand, et quel est le Juif ?» L’œuvre nous parle de loi, de propriété, de contrats, de serments, d’engagements et de promesses. Shylock incarne le Juif des Évangiles quand il s’écrie : «J’attends ici justice.» Mais il doit s’incliner devant un avocat plus habile et une interprétation du droit encore plus littérale : Portia bat le Juif sur son propre terrain – ce qui est certainement une forme ironique de la théorie chrétienne de la substitution.
Shakespeare appréhende ainsi l’essor du commerce moderne à l’aide du judaïsme, alors qu’il ne connaissait aucun Juif et n’avait jamais lu une page du Talmud. Il était en revanche familier de la Bible, comme l’indique clairement le discours de Shylock sur l’épisode où Jacob multiplie les moutons de Laban. Les épîtres de Paul et les Évangiles occupaient une place centrale dans sa formation intellectuelle. Shylock sort tout droit de ces textes, comme les «courtiers juifs» de Burke ou les «Juifs émancipés» de Marx, bien que la généalogie soit dans ces deux cas plus complexe. La lignée est ininterrompue.
Cette continuité a pourtant été mise en cause par une intellectuelle de premier plan, que Nirenberg mentionne dans son épilogue. Dans le premier chapitre des "Origines du totalitarisme", Hannah Arendt se moque de ce qu’elle appelle la doctrine de l’«éternel antisémitisme» (formule qui, note Nirenberg, pourrait «servir de titre ironique à mon propre livre») et souligne que les «fonctions occupées par les Juifs» (la banque et la finance) dans l’économie capitaliste les ont rendus partiellement «responsables» (c’est son mot) de la haine dont ils faisaient l’objet.
Cela ressemble fort à Marx écrivant que «les Juifs ont contribué avec ardeur» au triomphe de leur «culte profane», le «trafic», et de leur «Dieu profane», l’«argent».
Arendt s’appuyait sur les travaux statistiques de Walter Frank (un historien nazi, qui présida l’Institut du Reich pour l’histoire de la nouvelle Allemagne) pour étayer son explication du rôle que jouaient les Juifs au sein de la bourgeoisie allemande. Les nazis, soutient-elle, qui devaient «persuader et […] mobiliser les gens», n’auraient pu en aucun cas choisir arbitrairement leurs victimes. Il doit exister une réponse concrète, une réponse locale de nature socioéconomique à la question : pourquoi les Juif ?
Nirenberg pense lui aussi que le choix n’était pas arbitraire ; il ne trouve pas non plus l’argument d’Arendt surprenant, même s’il rejette toutes les explications hostiles habituelles : le milieu assimilationniste dans lequel elle a grandi, sa longue relation avec Heidegger, etc. Il juge en revanche très étonnant qu’Arendt se soit «accrochée» à sa thèse «même après que l’antisémitisme nazi eut révélé toute son étendue et sa gigantesque force de frappe (y compris dans son exagération considérable de l’influence économique des Juifs)». Mais son livre nous permet de comprendre comment cette auteure s’est si facilement laissée entraîner à assimiler les Juifs et la finance : ce lien était l’un des «principes idéologiques a priori qui structuraient sa sélection et son interprétation des “faits” relatifs aux Juifs.» [Lire «La fausse banalité d’Eichmann», BoOks, janvier 2015].
Ce désaccord avec Arendt résume bien l’ouvrage de Nirenberg. Selon lui, une certaine vision du judaïsme est profondément enracinée dans la structure de la civilisation occidentale, et ses intellectuels et polémistes s’en sont servi pour comprendre les hérésies chrétiennes, les tyrannies politiques, les épidémies médiévales, les crises du capitalisme et les mouvements révolutionnaires. L’antijudaïsme fut longtemps, et reste, l’un des plus puissants systèmes théoriques «permettant de rendre le monde intelligible». Certes, il arrive que les Juifs remplissent les rôles que cette idéologie leur assigne – mais c’est aussi le cas de tous les autres groupes nationaux et religieux, beaucoup plus nombreux. La théorie ne reflète en rien le comportement des Juifs «réels».
L’histoire de l’antijudaïsme retracée par Nirenberg est à la fois puissante et convaincante, mais elle est aussi inachevée. Il n’évoque jamais le cas des États-Unis, où l’antijudaïsme semble avoir été beaucoup moins répandu et moins utile (comme clé d’interprétation des phénomènes sociaux et économiques) qu’il ne l’avait été dans l’Ancien Monde, et où le philojudaïsme semble avoir été bien plus fort. L’État d’Israël moderne n’est lui non plus jamais mentionné, si ce n’est au détour d’une phrase de l’avant-dernière page :
«Nous vivons à une époque où des millions de personnes sont exposées quotidiennement à l’une ou l’autre forme de l’argument selon lequel les problèmes du monde dans lequel elles vivent s’expliquent par “Israël”.»"

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